Formation des enseignants: des formateurs condamnés à l’exploit

La tentation de l’habitude

Avec un concours de recrutement des enseignants conservant un format à l’identique de l’actuel, les équipes de formateurs peuvent se rassurer. Ce qui a fait leur excellence perdure et ils seront tout à fait prêts à accompagner leurs étudiants vers la réussite. Avec une année supplémentaire de formation à leur disposition, la tâche de préparation aux épreuves aura nécessairement mieux été menée et le résultat ne pourra que révéler le travail, la qualité du savoir dispensé et la méthode la plus appropriée. La compétition, le classement des candidats ne se joueront plus que sur leurs qualités intrinsèques, la préparation ayant été menée à son aboutissement.

Pour des étudiants pleinement centrés sur la réussite au concours…

En bénéficiant eux aussi d’une année supplémentaire, les étudiants, ceux qui auront été suffisamment patients et persévérants pour se confronter en 5ème année d’études aux épreuves du concours de recrutement, ne pourront que se sentir mieux armés, fins prêts, sûrs de leurs compétences. Le tri aura été fait, sinon le classement entre eux, tout du moins au niveau local, minimisant l’aléatoire du jour J. Les meilleurs seront récompensés, quoi de plus normal. En EPS, ils auront le plus souvent bénéficié de quatre années de préparation linéaire au concours, la première année de Licence restant préservée encore à ce jour de cette centration unique. C’est dire s’ils seront au niveau.

…confrontés aux obligations de stage…

L’atteinte du but, réussir au concours, prend un chemin dont le parcours comprend des obstacles. Les stages, car c’est bien d’eux dont il s’agit, dont la visée est bien de construire l’expérience professionnelle, représentent cet obstacle de disponibilité et de concentration à la maturation et à l’entrainement aux épreuves. Certes les deux versants sont aujourd’hui jugés nécessaires à la formation d’un enseignant professionnel. Nous ne le contestons pas et aurions même une forte tendance à valoriser cette double approche de la formation. Complétée de la construction de la compétence à objectiver et à inventer par la formation à la recherche, les trois piliers de la formation des enseignants nous semblent ici présents. Mais un étudiant ne fonctionne guère ainsi.

…devant avoir dépassé la synthèse de la compétence professionnelle avant même de l’avoir construite.

Apprendre et  se former prennent du temps. À l’approche globale, ou plutôt ici systémique de la formation des enseignants, acquisition de savoirs, développement de compétences métiers, objectivation de l’action, il convient de considérer la méthode directement et majoritairement mise en œuvre par le candidat. Il suffit de les interroger pour comprendre très vite que leur objectif prioritaire n’est que celui de la réussite au concours. La poursuite concomitante des deux objectifs actuels de professionnalisation et de formation à la recherche en deuxième année de Master MEEF, sans oublier la validation du diplôme, sont déjà jugés comme trop conséquents pour une formation qui se construit logiquement dans la durée. Que pourra-t-elle être d’autre que la préparation aux épreuves dès lors que celles-ci seront en totalité placées en fin de Master ? Quand bien même seraient-elles fondamentalement professionnalisantes, elles y tendent fortement en EPS, c’est une chance, elles monopolisent à un tel point les efforts des étudiants que tout apprentissage supplémentaire devient surcharge et est en conséquence voué à l’inutilité.

Une souplesse nécessaire de la programmation de la formation, des stages

Dès lors que la place du concours est actée en fin de Master dans un temps raccourci entre les épreuves d’admissibilité et d’admission, les temps d’apprentissage du métier d’enseignant sont à penser différemment de la seule concomitance. On regrettera bien sûr qu’ait été passé sous silence le processus de sélection à l’entrée en Master déjà inscrit dans la loi, au moins pour s’assurer d’un minima disciplinaire et/ou méthodologique des étudiants, ainsi mieux gérer leurs flux et éviter qu’un trop grand nombre se retrouve dans une impasse d’insertion professionnelle à Bac+5. Ceci étant, les différents temps de formation restent à penser différemment, temps d’acquisition des savoirs, temps de stage en responsabilité, temps de formation à l’objectivation, de préparation aux épreuves du concours. S’ils ont à être combinés, ils ne peuvent pas conduire à la dispersion, au zapping anti-stabilisant. Des dominantes successives et chevauchantes dans la programmation des deux années de Master nous semblent indispensables. Pour les épreuves du concours, réserver un temps plein lors du dernier semestre serait a minima une organisation pédagogique susceptible de réduire les effets de concurrence de formation.

Sans penser l’organisation institutionnelle des temps de formation, les formateurs sont condamnés à l’exploit pour former les enseignants.

C’est sans doute d’abord avec une plus grande souplesse administrative, notamment concernant la mise en œuvre des stages, que l’exploit auquel sont condamnées les équipes de formation des enseignants deviendra moins impossible. Par leur compétence, les formateurs sauront alors concevoir et organiser la formation pour que les étudiants se forment au métier d’enseignant. L’expérience 2010 – 2012 du concours en M2, qui a fait long feu, n’est pas à reproduire.

Philippe Mathé
IFEPSA Angers
Secrétaire Général de la C3D

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