« Sport sur ordonnance » : les officines privées de formation sortent du bois

On nous signale la création d’un Collège Européen de Sport–Santé, sis à Biarritz, proposant une formation de 285 heures débouchant pour un tarif de 3500€ sur la délivrance d’un Diplôme d’accompagnateur “Sport-santé”. Ce diplôme permettrait « l’acquisition de compétences professionnelles complémentaires à la prise en charge des personnes éloignées de la pratique des activités physiques et sportives, ainsi que des personnes en difficultés de santé ». Il est précisé qu’« à l’issue de la formation le candidat doit être en capacité de mettre en place une action d’accompagnement vers la pratique sportive adaptée des publics éloignés des activités physiques et sportives (APS), dans un parcours actif de santé ».

Cette formation est présentée comme complémentaire, s’adressant à des candidats par ailleurs titulaires d’une licence STAPS, d’un CQP, BPJEPS, DEJEPS, DESPEPS, d’une qualification professionnelle ou fédérale dans le domaine du sport, ou d’un diplôme du secteur médical ou paramédical (masseur-kinésithérapeute, infirmier, aide soignant, ostéopathe).

Cadre balnéaire, plaquette classieuse, cette officine a quelques atouts pour attirer le chaland. Il fallait s’attendre à ce que les perspectives ouvertes par l’amendement Fourneyron suscitent de telles initiatives. Voici quelque temps c’est ParcourSup qui avait donné à certains l’idée de créer des « prépas STAPS », faisant miroiter des facilités d’entrée à l’université. Ce Collège Européen est dans la même logique, mais le « diplôme d’accompagnateur», qui n’existe que dans l’imaginaire fertile de ses créateurs, ne porte en soi aucune prérogative d’intervention auprès du public. Les ambitions de la prescription de l’activité physique, la fragilité des publics concernés, méritent sans doute mieux que de telles approches mercantiles.

On est par contre surpris que ce Collège ait obtenu le soutien de l’Agence régionale de santé de la Nouvelle-Aquitaine. Il y a sans doute quelques raisons de politique locale qui nous échappent, mais quand on voit les précautions dont s’entoure la création des formations universitaires (diplômes nationaux et diplômes d’établissement), une telle auto-proclamation est franchement suspecte.

2 réflexions au sujet de « « Sport sur ordonnance » : les officines privées de formation sortent du bois »

  1. Quel scandale.
    Tant de travail dans les formations universitaires pour harmoniser les contenus, faire reconnaître les diplômes, décliner ces orientations nationales chacun dans nos régions avec des contraintes et des opportunités (aller trouver les meilleurs vacataires déjà en activité pour des interventions de professionnels pertinents, convaincre les collègues enseignants-chercheurs d’orienter leurs enseignements dans le sens du développement de compétences chez les étudiants…), et tout un travail aussi en local pour faire connaître et reconnaître nos formations STAPS par les acteurs locaux.
    Tout ça pour que des personnes puissent inventer des diplômes pour s’approprier le marché, sinon une part du marché du « sport-santé », qui n’est jamais perçu que comme un marché pour ces gens-là. Avec vraisemblablement la caution du milieu médical, qui peut feindre de ne pas comprendre les enjeux. Les mêmes objectifs pouvaient être atteints avec la mise en place d’un DU, dont le contenu aurait au moins été visé par un conseil académique universitaire, mais les perspectives financières et de positionnement auraient été bien différentes pour ces acteurs. Pour les STAPS, le sport-santé n’est pas un marché, c’est justement que nous ne l’avons jamais considéré comme un marché que nous peinons à y être identifiés comme les acteurs majeurs, alors que c’est pourtant bien indirectement la réalité puisque ce sont d’anciens étudiants qui y prennent des responsabilités. Le sport-santé est une de nos priorités depuis le début des STAPS, certes cachée dans les formations éducation-motricité derrière une terminologie de type « enjeux de santé en environnement scolaire' »,  » amener le lycéen à se connaître et se préserver » mais c’est pourtant la réalité des formations…surtout en activités physiques adaptées.
    C’est notre faiblesse de ne pas nous être positionné stratégiquement sur ce secteur. C’est aussi notre force, avec finalement derrière nos actions, collectivement, de l’éthique, des valeurs, de la qualité…au détriment de la communication. On peut en tous cas reconnaître aux créateurs du pseudo collège européen un sens aigu de la communication, et de la politique, enfin la politique de bas étage qui sert les intérêts de quelques uns, pas la définition de la politique qui aurait comme moteur l’intérêt collectif.

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